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BEING A FREAK IS GOLD

5 questions à King Baxter

 

Ton premier track dit "je suis un monstre", quel freak es-tu?

 

Je m’appelle Baxter, je suis artiste performeur.euse et vidéaste. « Je suis un monstre et je ne sais pas ce que je fais là » c’est une des phrases de cette chanson et c’est aussi un sentiment que j’ai toujours ressenti. Je suis très souvent (et depuis toujours) vu comme une personne hors - norme, de par ma morphologie (je fais 1m93) et mon caractère bien trempé. J’ai grandi dans un monde que je ne comprends toujours pas, ado gothique écoutant du punk et du metal, vêtu de noir, j’ai toujours été considéré comme la « weirdo » de la cour de récré.

J’ai fait un coming-out Gender Fluid en 2013, personne ne savait vraiment ce que cela voulait dire. A ce moment là, j’oscillais entre Rank Xeros et Tank Girl niveau style, la crête en berne et des petites lunettes noires qui ne cachaient que peu de grands traits d’eyeliner. Mêlé à tout ça, j’ai aussi découvert les mouvements cyberpunk qui n’ont fait que confirmer qu’on avait bien le droit de refuser la binarité et son système. J’ai décidé que King Baxter serait en même temps la représentation de ma voix psychique et une entité extra-terrestre agenré.

Je suis un.e freak non-identifiable et dominant.e du Royaume Nocturne, un caméléon gothique sous acide, un.e cyborg au coeur de feu, un.e chevalier.e solitaire futuristique. Non-binaire, GenderFucker, Radicalement Queer.

 

Ton nouvel album REVENGE est paru il y a quelques semaines et contient déjà des hits : je pense par exemple à Nous (ft. mes s/fr/oeurs) ou encore Nostra Time, ces tracks constituent-ils un véritable manifeste?

 

Bien plus que ça! D’abord, concernant « NOUS » c’est un hommage à nos forces de luttes TPGPOC. On s’approprie un chant de manif’ et on y met tout les qualificatifs qu’on veut et qui nous concerne. Les chants de manifestations, ça donne de la force quand ils sont chantés en choeur. C’était très important pour moi de le partager avec mes s/fr/oeurs, parce que sans ielles, je ne serai peut-être plus sur cette planète. Et notre sororité, c’est aussi l’endroit où on puise notre force mais aussi où on se montre vulnérables, là où on se permet de se déconstruire et de se soigner.

Et puis « Nostra Time » c’est ma colère que je transforme en festivité. Sinon elle me ronge et c’est pas très bon pour ma santé. Je préfère la faire muter pour la rendre belle et puissante. J’adore cette instru, c’est Maxime Pichon, avec qui j’ai travaillé pour REVENGE, qui a débarqué un matin et j’ai écris les paroles dans la foulée. A la fin de la journée on avait tout.

 

King Baxter est multiple : avec qui as-tu travaillé sur REVENGE et comment ça se passe ?

 

King Baxter est multiple dans son propre corps, c’est ce qui rends cette créature toujours capable de me surprendre et de surprendre celleux qui lae voient.

En fait, j’avais peur de tourner en boucle si je continuais à travailler seul.e, j’avais besoin de partager la création musicale avec des personnes qui m’étaient proches. On retrouve des titres comme 700Gr que j’ai composé avec André Chapatte, ou on entends la basse de John R.Mirabel sur Encore un soir. J’ai aussi partagé le titre Monstre avec Damien Caccia. Ma soeur participe aussi à l’album, je vous en parle plus tard. Et puis bien-sur, Maxime Pichon avec qui j’ai tout retravaillé et avec qui j’ai composé et réarrangé les chansons de REVENGE. C’était un grand puzzle, j’avais besoin de sentir toutes ces energies avec moi sur cet album. Maxime et moi, on est ami.e.s, on n’arrive pas à se mettre d’accords sur le lieu de notre rencontre, c’est assez flou comme si il n’y avait jamais eu de début dans cette temporalité. Et ça se passe super bien, Maxime m’accompagne même sur scène maintenant!

 

Tu as un rapport particulier avec la scène, la performance, la voix... Tu peux nous en parler ?

 

J’ai commencé à être sur scène en étant batteuse dans des groupes de punk, puis je me suis mis.e à chanter progressivement. Au début, j’étais tellement paniqué à l’idée de chanter devant un public que ça pouvait me provoquer des nausées très fortes. Puis j’ai travaillé et la scène m’a donné la possibilité d’être quelqu’un.e d’autre et à chaque fois, une nouvelle personne libre de s’exprimer. Mon corps trouve sa résonance en étant sur scène, je fais monstr-ation de ce que je suis. Je peux jouer de tout, de mon corps, de ma voix, de mes expressions, des aprioris avec lesquels ont vis chaque jour et tout transmuter. Il y a quelque chose d’impalpable quand je suis scène, le temps n’existe plus, l’espace est déterminé Hic et Nunc, ici et maintenant, c’est radical et j’aime ça.

 

Ta cover de Hurt est superbe ! Nine Inch Nails ou Johnny Cash ?

 

Aïe Aïe Aïe! Faut rendre à Cesar ce qui lui appartient! La première fois que j’ai entendu cette chanson c’était ado en découvrant Nine Inch Nails dont je suis devenu assez fan. Downward Spiral, l’album dans lequel se trouve Hurt est passé en boucle dans mon walkman. - C’est aussi l’album du titre Closer qui a aussi révolutionné une partie de ma sexualité.

Déjà à l’époque cette chanson était venue consoler des parties de sensibilité exacerbée en moi. Toute cette violence que je ressentais, que je retournais contre moi aussi, avait enfin un hymne. De trouver chez d’autres personnes des expressions de sentiments similaires aux miens, des propos que je pouvais comprendre de manière empathique et/ou des réponses à mes révoltes me faisaient un bien immense. Je savais que quelque part dans ce monde, il y avait des personnes qui exprimaient les mêmes désirs/douleurs que moi. Je n’étais pas seul.e.

Le titre Hurt a été un endroit cathartique de la colère / tristesse à la douleur de l’auto-mutilation sibien que j’ai du me séparer de cette chanson à un  moment de ma vie. Parce qu’elle parlait trop bien de ce que je ressentais, de ce que je pensais dans mes endroits les plus sombres et qu’elle ne me rappelait plus que ça.

J’ai découvert assez tard la reprise de Johnny Cash, je crois que je l’ai découverte en 2014/2015, alors qu’elle est sorti en 2002, ça m’a replongé dans le passé, dans tout ce qui faisait que j’étais cette personne aujourd’hui et ce par quoi j’étais passé. La version de Johnny Cash est venue me rappeler mon passé avec une autre douceur, avec un angle de vue différent et ça m’a permis de revenir sur ces moments de vie où je détestais mon corps, où je ne comprenais pas ce que je faisais dans le corps d’une femme et son carcan social, où je n’arrivais pas à exprimer tout ça et que je retournais tout contre moi.

Je devais permettre à tout ça de se métamorphoser.

Alors j’ai contacté ma soeur Noémie, qui est pianiste, et je lui ai proposé qu’on fasse cette reprise ensemble, en lui expliquant tout ça. En sachant aussi très bien qu’elle saurait comprendre et répondre à cet enjeu de l’entre deux. De sublimer cette souffrance avec un piano qui s’inspire des deux versions, de ma voix à la Trent Reznor mais qui finit ses phrasés sur les notes de Johnny Cash.

Donc les deux, un peu. Nine Inch Nails quand même plus que Johnny Cash mais je ne sais pas si j’aurai réussi à faire cette reprise sans avoir entendu celle de Johnny Cash...

 

par Prinzessin, Bruxelles, août 2021

 

King Baxter 'REVENGE'

nouvel album, juillet 2021

https://kingbaxter.bandcamp.com/album/revenge